Le tabac fait son cinéma

La loi du 10 janvier 1991, dite loi Évin, interdit toute propagande ou publicité directe ou indirecte en faveur du tabac. Elle stipule en outre que toute opération de parrainage est interdite lorsqu’elle a pour objet ou pour effet la propagande ou la publicité directe ou indirecte en faveur du tabac ou des produits du tabac

Appliquée au cinéma la loi Évin interdit donc de facto la présence de produits du tabac à l’écran, a fortiori dans des situations susceptibles d’en véhiculer une image positive ou valorisante.

Si, dans les années ayant suivi l’entrée en vigueur de la loi Évin, le tabac a effectivement largement disparu des écrans – ce qui a assurément contribué à la baisse significative de la consommation de tabac au cours de la période 1991/2004 – force est de constater que, si la loi est toujours en vigueur aujourd’hui, elle n’en est pas moins de plus en plus souvent contournée, 80% des films français produits actuellement contenant des scènes de tabagisme théoriquement prohibées.

Sachant que le tabac tue 60.000 personnes par an en France et que la consommation repart depuis une dizaine d’années à la hausse, en particulier chez les femmes et chez les plus jeunes, on ne peut que s’interroger sur le silence assourdissant des pouvoirs publics, le désintérêt manifeste des médias et l’extrême complaisance des producteurs qui, au motif de monter toujours plus de films, se rendent complices de l’un des plus grands scandales de notre époque.

Cela est d’autant plus inacceptable que le cinéma est un média de masse, touchant tout particulièrement les jeunes et qui, par essence même, est de nature à faire rêver. Un média dont le pouvoir de suggestion – direct ou subliminal – est donc énorme et qui devrait donc, à ce titre, faire l’objet de la surveillance la plus stricte, ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.

Afin de mettre chacun devant ses responsabilités, nous nous proposons de décrypter ici des scènes extraites de la production cinématographique française de ces dernières années. Comme on le verra le résultat est édifiant quant à la puissance subliminale des messages envoyés aux spectateurs. Prétendre lutter contre le tabac, et ses méfaits, tout en acceptant que l’industrie cinématographique – largement subventionnée – se fasse aussi largement complice d’une telle propagande pourrait être comique si les conséquences n’étaient aussi dramatiques.

Nous l’affirmons : les producteurs, distributeurs et acteurs qui, au motif de leurs intérêts propres, acceptent ainsi de livrer le 7e Art aux marchands de tabac, se font complices de la mort de 60.000 personnes par an en France. Nous en appelons donc à leur réflexion, à leur conscience, et les invitons à se mobiliser afin que cesse cette situation. Il appartient aux producteurs de s’interdire toute forme d’accord avec les cigarettiers, aux comédiens de dire non aux rôles et aux scènes ou le tabac apparait de manière injustifiée et complaisante.

A défaut, il appartiendra aux spectateurs de boycotter les films coupables de propagande, directe ou indirecte, en faveur d’une industrie qui asservit nos enfants et les privent de leur bien le plus précieux : leur santé.